Droits humains

Les droits humains constituent l'un des piliers de la pratique de Pascale Fournier, et son engagement en la matière dépasse largement les frontières de la salle de cours. Professeure titulaire à la Section de droit civil de l'Université d'Ottawa, où elle enseigne le cours Droits et libertés, elle est aussi la directrice fondatrice et la titulaire de l'Observatoire des droits humains à l'ONU. Titulaire de la Chaire de recherche sur le pluralisme juridique et le droit comparé de 2012 à 2018, présidente et directrice générale de la Fondation Pierre Elliott Trudeau de 2018 à 2023 et commissaire à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse de 2015 à 2018, elle a par ailleurs enseigné à l'Université d'État d'Haïti, à l'Université pour la paix du Costa Rica et à l'Institut de recherche sur le droit des femmes en Iran, en plus de conseiller le Programme des Nations Unies pour le développement. Partout, elle bâtit des partenariats innovateurs, va chercher ses réponses sur le terrain, ouvre l'accès au savoir et aux droits humains, et mobilise les personnes et le leadership de manière créative. Et toujours la même conviction l'anime: le droit doit se mesurer à ce qu'il change concrètement dans la vie des personnes qu'il prétend protéger.
L'Observatoire des droits humains à l'ONU
En fondant en 2024 l'Observatoire des droits humains à l'ONU, Pascale Fournier et son équipe ont créé quelque chose qui n'existait nulle part ailleurs: un espace de leadership où des étudiantes et des étudiants ne se contentent plus d'étudier les mécanismes internationaux, mais y contribuent directement.
Initiative de la Section de droit civil de l'Université d'Ottawa, l'Observatoire se tient à la croisée du milieu universitaire, des instances onusiennes et d'une constellation de communautés de pratique: arts visuels, cinéma, journalisme, magistrature, organisations non gouvernementales, diplomatie, littérature, politique. Sa mission compte trois volets: innover dans l'enseignement juridique en comblant le fossé entre la théorie et la pratique, autonomiser le public par la mobilisation des connaissances, et contribuer à des initiatives de justice sociale.

Le curriculum : « Piloter avec courage: le leadership et les droits humains »
Chaque année, l'Observatoire sélectionne une cohorte de vingt Leaders, étudiantes et étudiants exceptionnels du premier cycle ou des études supérieures, et leur offre un curriculum de leadership sans équivalent. Le programme repose entièrement sur l'apprentissage expérientiel et se déploie en trois modules.

Le premier explore les racines du leadership: comment la compréhension de ses propres valeurs, croyances et préjugés se conjugue à l'intelligence émotionnelle, à l'empathie et à l'intégrité pour former le socle de toute défense crédible des droits humains. Le deuxième porte sur le fait de piloter en transcendant les divisions: la confiance, le récit, la capacité de tenir un dialogue respectueux avec des points de vue divergents. Le troisième s'attaque au changement systémique: naviguer dans les rapports de pouvoir, influencer les politiques publiques, reconnaître que le progrès réel exige une action collective.
La formation est assurée par la professeure Pascale Fournier ainsi que les Pilotes et les Collaboratrices et Collaborateurs qui jouent un rôle actif de mentorat: ils accueillent les Leaders au cœur de leurs propres réseaux professionnels et leur dispensent des formations personnalisées. On y compte notamment trois juges de la Cour suprême du Canada, des journalistes chevronnés, des artistes, des cinéastes, des diplomates, des chercheurs internationaux et des praticiens de terrain issus du milieu communautaire.

Les rapports présentés devant les organes de traités à Genève
Le cœur du programme se joue à Genève. Les Leaders y présentent eux-mêmes leurs rapports devant les organes conventionnels des Nations Unies, dont le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes, le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale et le Haut Commissariat pour les réfugiés, ainsi que devant la Mission permanente du Canada. « Les étudiants et étudiantes ne sont pas dans un rôle passif: ils sont à la fois des leaders, des apprentis chercheurs et des courroies de transmission du savoir », souligne Pascale Fournier. Et sur ce qu'exige l'exercice: « Il fallait de l'audace et une volonté de créer une diplomatie scientifique mondiale, pour pousser la recherche et bâtir des liens. »
Les projets de démocratisation du savoir au retour de Genève
Le parcours ne s'arrête pas au rapport scientifique. Chaque cohorte doit rendre ses recherches accessibles au grand public par des documentaires, des balados, des entrevues médiatiques, des conférences ou d'autres projets créatifs. C'est là que la boucle se referme : un savoir produit pour les institutions internationales, puis démocratisé de façon créative à celles et ceux qu'il concerne.
Ce que ce parcours forme, ce sont des juristes capables de penser de façon critique et collaborative, de naviguer entre des systèmes très différents (l'université, les Nations Unies, l'espace public) et d'orchestrer un changement réel. C'est la conviction qui anime Pascale Fournier depuis le début de sa carrière, cette fois traduite en institution.
Enseigner en Haïti et en Iran
À Téhéran, en décembre 2003, Pascale Fournier a donné un cours en études féministes à titre de professeure invitée de l'Institut de recherche sur le droit des femmes, quelques mois après y avoir présenté ses travaux sur l'identité collective et les femmes musulmanes en Occident. Enseigner le droit des femmes dans ce contexte suppose d'écouter autant que de transmettre, et cette expérience a durablement marqué sa façon d'aborder l'égalité.
À Port-au-Prince, en juin 2007, elle a enseigné le droit international du genre à la Faculté de droit et des sciences économiques de l'Université d'État d'Haïti, qui lui a décerné la même année sa mention « Honneur et Mérite » pour l'enseignement. Son séjour s'est prolongé au Palais de Justice, où elle a pris la parole aux côtés du secrétaire d'État à la Justice devant le Groupe d'initiative des femmes juristes d'Haïti et le Barreau de Port-au-Prince, sur les discriminations vécues par les Haïtiennes et le droit international des femmes. Quatre ans plus tôt, elle avait dirigé une mission d'étudiants de Harvard dans les écoles primaires haïtiennes.
Ces deux expériences répondent à une conviction qui traverse toute sa pratique: les droits humains ne se comprennent pas depuis une seule perspective. Ils prennent leur sens dans la comparaison, dans le passage d'un ordre juridique à un autre, et dans la parole de celles et ceux qui vivent l'écart entre le droit tel qu'il est écrit et le droit tel qu'il est appliqué. C'est cette conviction qu'elle a ensuite portée devant le Programme des Nations Unies pour le développement, devant les tribunaux où elle a témoigné comme experte, et jusque dans la fondation de l'Observatoire des droits humains à l'ONU.

